Pourquoi le chiffre d'affaires ne suffit pas
Tous les logiciels de borne savent vous dire combien une machine a encaissé sur une période. C'est une information utile, mais elle ne répond pas à la seule question qui compte au moment d'un arbitrage : cette machine gagne-t-elle plus qu'elle ne coûte ?
La différence n'est pas anecdotique. Deux laveuses côte à côte, avec un chiffre d'affaires identique, peuvent avoir des résultats nets très différents : l'une consomme davantage d'eau par cycle, l'autre a coûté deux fois plus cher à l'achat, une troisième a nécessité trois réparations dans l'année. Tant que ces écarts ne sont pas chiffrés, une décision de remplacement ou de changement de tarif se prend à l'intuition.
La formule, en trois étages
La méthode consiste à descendre du chiffre d'affaires vers le résultat net en trois soustractions successives. Chaque étage répond à une question différente, et il est utile de les garder séparés plutôt que de tout agréger.
marge contributive = revenu HT − eau − électricité − gaz
résultat analytique = marge contributive − amortissement
résultat net = résultat analytique − réparations
La marge contributive dit si la machine gagne de l'argent à chaque cycle qu'elle effectue. Si elle est négative, chaque lavage supplémentaire vous appauvrit : c'est un problème de tarif ou de consommation, à traiter immédiatement.
Le résultat analytique intègre le coût de possession de la machine. Il répond à : « ce matériel se rembourse-t-il ? »
Le résultat net ajoute l'historique réel de pannes. C'est le chiffre à utiliser pour comparer deux machines entre elles, ou pour décider d'un remplacement.
1. Le revenu HT de la machine
Trois précautions déterminent la justesse de tout le reste.
Travaillez en HT. Vos encaissements sont en TTC. Si vous comparez un chiffre d'affaires TTC à des coûts HT, vous surestimez mécaniquement votre marge de vingt pour cent. Divisez par le taux de TVA applicable avant toute soustraction.
Excluez les recharges. Sur une borne avec carte ou badge, un client qui met 20 € sur sa carte génère un mouvement de trésorerie, pas un chiffre d'affaires. La vente naît quand il lance un cycle. Compter les deux revient à compter le même euro deux fois.
Séparez les ventes de produits. Une dosette de lessive vendue au distributeur n'est pas un revenu de machine : elle a son propre coût d'achat et n'a rien à voir avec la consommation d'eau d'une laveuse. Rattachez-la au distributeur, pas au lave-linge le plus proche.
2. Les coûts variables par cycle
Ce sont les coûts qui n'existent que parce que la machine a tourné. Ils se calculent tous de la même façon : consommation par cycle × nombre de cycles × prix unitaire.
| Poste | Consommation par cycle | Prix unitaire |
|---|---|---|
| Eau | Documentation technique de la machine, ou relevé de compteur divisé par le nombre de cycles sur la même période. | Votre facture d'eau : prenez le prix TTC du m³ tout compris (abonnement, assainissement, taxes), pas le seul tarif de distribution. |
| Électricité | Plaque signalétique et documentation, à ajuster selon les programmes réellement utilisés (un cycle à 60 °C n'a rien à voir avec un cycle à froid). | Prix du kWh de votre contrat professionnel, abonnement inclus si vous voulez un coût complet. |
| Gaz | Concerne les séchoirs à gaz. Consommation horaire du brûleur × durée moyenne du cycle. | Prix du kWh gaz de votre contrat. |
Le prix de l'eau varie du simple au double selon les communes, et le prix de l'électricité selon votre contrat et votre date de souscription. N'utilisez jamais une moyenne nationale trouvée en ligne : prenez vos propres factures. Un coût variable faux fausse tout le raisonnement qui suit.
Si vous n'avez pas la consommation exacte d'une machine, prenez une valeur approchée et notez-la comme telle. Une estimation assumée vaut mieux qu'un poste ignoré : ignorer l'eau revient à la compter à zéro, ce qui est bien plus faux qu'une approximation à dix pour cent près.
3. L'amortissement
L'amortissement étale le coût d'achat de la machine sur sa durée d'utilisation. Il ne correspond à aucune sortie d'argent du mois, mais l'ignorer donne l'illusion qu'une machine rapporte alors qu'elle n'a jamais remboursé son achat.
amortissement mensuel = (prix d'achat + installation − valeur résiduelle) ÷ durée en mois
Incluez l'installation : raccordements, mise en service, éventuelle adaptation électrique ou d'évacuation. C'est de l'argent dépensé pour que la machine fonctionne, il appartient au coût d'acquisition. La valeur résiduelle est ce que vous pensez pouvoir en tirer à la revente ou en reprise ; mettez zéro si vous ne comptez pas dessus.
4. Les réparations
Contrairement à l'amortissement, les réparations sont des dépenses réelles et datées. Deux façons de les traiter, selon ce que vous cherchez :
- Au réel, imputées sur le mois de la facture. Utile pour la comptabilité, mais le résultat mensuel devient très irrégulier : un mois avec un changement de roulement paraît catastrophique.
- Lissées sur douze mois glissants. C'est la lecture à privilégier pour comparer des machines entre elles, parce qu'elle révèle celles qui coûtent structurellement cher en maintenance.
Dans les deux cas, la condition est de rattacher chaque facture à une machine précise. Une ligne « entretien laverie » globale ne permettra jamais d'identifier la machine qui vous coûte de l'argent.
Un exemple chiffré de bout en bout
Chiffres d'exemple. Les valeurs ci-dessous servent uniquement à illustrer l'enchaînement du calcul. Elles ne représentent aucune laverie réelle : remplacez-les par les vôtres, en particulier les prix de l'eau et de l'électricité.
Une laveuse, sur un mois :
| Cycles effectués | 210 |
|---|---|
| Prix du cycle | 4,50 € TTC |
| Chiffre d'affaires TTC | 945,00 € |
| Chiffre d'affaires HT (TVA 20 %) | 787,50 € |
| Eau — 45 L/cycle, 4,50 €/m³ | − 42,53 € |
| Électricité — 0,7 kWh/cycle, 0,22 €/kWh | − 32,34 € |
| Marge contributive | 712,63 € |
| Amortissement — 7 000 € installés, valeur résiduelle 500 €, sur 7 ans | − 77,38 € |
| Résultat analytique | 635,25 € |
| Réparations — 320 € sur l'année, lissés | − 26,67 € |
| Résultat net de la machine | 608,58 € |
Ce résultat n'est pas encore votre bénéfice. Il ne tient compte d'aucune charge de site : ni loyer, ni assurance, ni ménage, ni abonnements. Ces charges se traitent au niveau de la laverie, pas de la machine — c'est l'objet du guide sur les coûts d'exploitation d'une laverie.
Les quatre pièges classiques
Comparer du TTC à des coûts HT
C'est l'erreur la plus fréquente et la plus flatteuse : elle gonfle la marge d'environ vingt pour cent. Fixez la règle une fois pour toutes — tout en HT — et vérifiez que vos coûts le sont aussi, ce qui n'est pas toujours le cas d'une facture d'eau.
Amortir sur le temps plutôt que sur l'usage
Une machine qui tourne 300 fois par mois s'use plus vite que la même à 80 cycles. Un amortissement calendaire reste acceptable pour un ordre de grandeur, mais pour décider d'un remplacement, raisonnez en cycles : voir le guide sur la durée de vie d'une machine.
Diluer les réparations dans un poste global
Une facture d'entretien non rattachée à une machine rend invisible celle qui vous ruine. Le jour où vous devez arbitrer entre réparer et remplacer, l'historique par machine est la seule donnée qui tranche.
Oublier les machines à faible usage
Une machine peu utilisée a une marge contributive faible mais un amortissement identique aux autres. Son résultat net peut être négatif alors que son chiffre d'affaires reste positif. C'est exactement le cas que le calcul complet sert à débusquer.
Automatiser le calcul
Ce calcul est parfaitement faisable dans un tableur. Ce qui le rend pénible n'est pas la formule, c'est la collecte : il faut ressortir les cycles de chaque machine, mois après mois, les recoller aux tarifs en vigueur, et refaire l'exercice à chaque changement de prix de l'énergie. La plupart des exploitants le font une fois, puis ne le refont jamais.
C'est précisément ce que LavPilote automatise : il lit les cycles et les ventes depuis votre borne LM Control, applique les coûts que vous avez renseignés une seule fois, et recalcule le résultat net de chaque machine en continu. Quand une donnée de coût manque, le chiffre est affiché comme une estimation plutôt que présenté comme exact.

